« Les trois mousquetaires motivés comme à 20 ans »
A tout juste 53 ans, Patrick Snijers fête ce week-end à Spa les trente ans du premier de ses huit succès aux Boucles. Le plus important. Petite marche arrière avec celui qui est entré dans la légende spadoise avant… les Legend.
Patrick, quel souvenir gardez-vous de cette première grande victoire aux Boucles de Spa 1981 ?
« Une histoire fabuleuse. C’est cette victoire qui a tout déclenché. Je n’avais pas de budget et mon père pouvait juste me louer une Lada Gr.2. Puis, quelques jours avant l’épreuve, Erik Symens qui avait été l’équipier de Gilbert Stapelaere m’a téléphoné pour me dire qu’il avait réservé pour nous une toute bonne Escort Gr.4 en Angleterre chez Churchill. On avait le numéro 21 et jamais je n’aurais imaginé pouvoir lutter pour la victoire. Mais j’ai attaqué sans trop sacrifier au spectacle. Duez et la Porsche Belga étaient les plus rapides mais il a crevé et l’on s’est imposé à la surprise générale. Avec la prime du vainqueur, 140.000 FB, j’ai pu relouer l’auto pour le Circuit des Ardennes. Après mon exploit spadois, Mr Georges Paul de la Cinta m’a appelé pour me féliciter et me dire qu’il me sponsoriserait l’année suivante. Le début de la grande épopée Bastos. »
Le plateau il y a trente ans était moins relevé qu’aujourd’hui…
« C’est certain, il y avait beaucoup moins d’autos et seulement trois ou quatre bonnes Escort alors qu’aujourd’hui on en compte une dizaine. Seuls Duez et Didi pouvaient gagner sur le papier. Les mécaniques étaient moins fiables et le parcours plus cassant avec notamment le gué des artistes. Alphonse Delettre rêvait de ne voir aucune voiture à l’arrivée. »
En dehors de vos huit victoires, vous ne gardez toute de même pas que des bons souvenirs des Boucles ?
« Oh, il y a eu quelques déceptions bien sûr. C’est la course. Sans les aléas du sport, j’aurais dû le gagner quinze fois ce rallye. Je me souviens notamment de 1986 quand je menais la journée avec près de 3’ d’avance et que ma 037 a refusé de redémarrer du parc le samedi. Elle était complètement gelée. Et quelques années plus tard, j’avais une confortable avance avec la Sierra quand je me suis fait surprendre par une plaque de verglas à Bodeux. J’ai tiré tout droit dans un arbre et je me suis cassé le nez. »
Comment expliquez-vous le succès de la version Historic ?
« D’abord l’ambiance d’un rallye hivernal programmé après une longue période de trêve. En dehors de Spa, l’Historic n’a pas tellement d’aura. Les Boucles et sa célèbre étape forestière de la Clémentine sont connues partout en Europe et des anciennes gloires comme Blomqvist, Waldegard, Vatanen ou d’autres aiment venir s’amuser sur cette épreuve. Ensuite il y a le règlement. De la régularité à 80 km/h, cela signifie qu’il faut tout de même attaquer. Le spectacle est donc présent. 80 à 90% du plateau est constitué de propulsions offrant de belles glissades. Les voitures d’époque sont superbes. Le public aime revoir des Porsche ou Stratos coûtant aujourd’hui cinq fois moins cher à faire rouler que des WRC. Enfin, il y a la proximité du public, les assistances à l’ancienne et le fait que tout le monde ou presque peut participer (en Classic) et se mesurer aux vedettes. Tout le monde veut gagner ce rallye ne comptant pour rien. Droogmans, Duez et moi sommes motivés comme à nos vingt ans.»
Vous visez cette année un nouveau record de 9 victoires avec votre Porsche Gr.B ?
« Absolument ! Mais sans pression. On est toujours plus relax quand on roule en Historic. On est là pour le plaisir avant tout. »
Qui pointez vous comme principaux adversaires ?
« Robert Droogmans et Marc Duez. Les trois mousquetaires sont toujours vaillants. Mais n’oublions pas Duval, Waldegard et Blomqvist. Si les conditions ne sont pas hivernales, Bruno Thiry n’a aucune chance avec sa petite Visa 1000 Pistes. »
L’Historic permet à certains pilotes de prolonger leur carrière. Jusqu’à quel âge vous voyez vous encore faire la course ?
« Tant que je trouverai des budgets. Cela devient malheureusement de plus en plus difficile. Quand je vois Rauno Aaltonen qui court encore ici à 73 ans, cela me donne encore deux décennies. Il me reste juste à espérer qu’avec unavenirquiroule.be j’ai trouvé un bon partenaire pour le futur…»